La création de FREHOPS, ou "Fédération des Recherches sur l'Evolution humaine, l'Ostéopathie et la Posture au Service de la Santé", s'est imposée au terme de trente années d'échanges et de contacts entre une approche originale des origines de l'Homme en paléontologie humaine, et des secteurs de la santé publique confrontés à des troubles de la croissance en rapport avec la verticalité de l'organisme humain.

Le dénominateur commun est la verticalité endosquelettique observée du clivus sphéno-occipital jusqu'au sacrum. Cette verticalité est celle du système nerveux depuis le tronc cérébral. Elle est la résultante d'une très longue évolution qui se suit dans le registre fossile des primates depuis une organisation horizontale encore visible chez les Lémuriens de Madagascar par exemple.

L'originalité de l'approche évolutionniste remonte à l'année 1987 avec la mise en évidence, pour la première fois dans l'histoire des sciences, de l'origine du processus de verticalisation. La démonstration est la thèse de doctorat d'Anne Dambricourt Malassé, elle se déroule au Muséum national d'Histoire naturelle et à l'Institut de Paléontologie Humaine de Paris, après une étude de leurs collections et grâce à la richesse de leur bibliothèque. Première thèse de doctorat du Muséum en paléontologie humaine, elle s'inscrit dans la lignée de Jean-Baptiste de Lamarck (1744-1829) et de Marcellin Boule (1861-1942), premier paléontologue à avoir comparé un squelette d'Homme de Néanderthal avec celui de l'Homme de Cro-Magnon, tous conservés dans les collections de la Galerie de paléontologie.

La démonstration révèle que le redressement neural s'est opéré au cours de l'embryogenèse des espèces désormais disparues, procédant par étape successive, donc graduellement, mais selon des "équilibres ponctués", c'est à dire avec de très longues périodes géologiques sans changement de seuil angulaire. Ce changement fut nécessairement "saltationniste" puisqu'il est angulaire mais il ne fut physiquement et physiologiquement viable qu'à la condition d'une réorganisation céphalo-caudale du contrôle de la posture. Des millions d'années d'adaptations diverses et variées ont été nécessaires avant qu'un nouveau changement angulaire fut possible dès l'embryogenèse et dans quelques populations seulement.

La démonstration opère un authentique changement de paradigme pour la compréhension de la bipédie humaine, car celle-ci apparaît désormais comme une conséquence et non une cause du redressement. Elle abandonne l'expérience de pensée de Lamarck qui imaginait des primates adultes contraints de se déplacer sur leurs deux membres postérieurs au fil des générations afin de s'adapter à une disparition graduelle des environnements forestiers.

Le Muséum national d'Histoire naturelle est le seul établissement à l'avoir enseigné régulièrement depuis 1990, et ce n'est pas un hasard si des écoles d'ostéopathie, de posturologie et d'orthopédie dento-maxillo-faciales lui ont accordé de l'intérêt dès 1988. Car ce n'est pas en terme de locomotion que les troubles de la croissance y sont abordés, mais en terme de verticalité. La dimension phylogénétique leur est indispensable pour discerner parmi les troubles une actualisation de cette évolution. Ces rencontres ont fini par se fidéliser à partir des années 2002 grâce à des symposiums organisés par Bernard Autet, fondateur de l'Institut Toulousain d'Ostéopathie (ITO) réunissant des chercheurs comme Anne Dambricourt Malassé, Marc-Williams Debono, Eric Bois, Sandra Joffroy, Djillali Hadjouis.

Dans l'état actuel des connaissances, le seuil de la verticalité neurale aurait émergé vers 4 millions d'années, les fossiles sont connus exclusivement en Afrique à la faveur du hasard des conditions de conservation et d'exhumation. Ces fossiles correspondent aux Australopithèques ou à des genres très proches de l'anatomie humaine.

Le redressement de notre espèce sapiens est plus proche de la verticalité que celui d'un Australopithèque, d'un Homo erectus ou d'un Néandertalien. L'anatomie de notre espèce s'inscrit donc dans un processus évolutif complexe dont les lignées des grands singes actuels ont été séparé depuis 7 millions d'années. La compréhension de ce processus nécessite l'étude endosquelettique axiale de tous les fossiles classés dans le genre Homo vieux de plus de 2 millions d'années.

Enfin, si notre verticalité est présente depuis au moins 200 000 ans, il n'en demeure pas moins qu'une évolution anatomique bien connue s'observe depuis 10 000 ans avec le passage de l'occlusion dentaire labidonte à la psalidontie, tandis qu'une augmentation du volume cérébelleux en comparaison du volume cérébral a été révélée plus récemment par les travaux d'Anne H. Waewer (2005).

Notre verticalité est donc celle de notre système nerveux et de tous les corollaires morphogénétiques, fonctionnels et physiologiques mis en place depuis l'embryogenèse, donc prioritairement lors de la vie intra-utérine. Cette verticalité précède et conditionne l'acquisition de l'équilibre bipède. C'est en cela que la nouvelle approche paléontologique est novatrice et croise les métiers de la santé publique : elle retrouve les logiques systèmiques post-natales qui concourent à cette acquisition et qui sont observées de la plante des pieds au cervelet en passant par le bassin et la colonne vertébrale, avec la mise en place de l'occlusion dentaire, l'apprentissage du langage articulé et des gestes manuels. Ces métiers rappellent également le rôle majeur de la socialisation nécessaire au développement psychomoteur et émotionnel.

Cette double dimension, morphogénétique embryonnaire et sociale, manque à la paléontologie humaine évolutive, alors qu'elle est indispensable pour comprendre l'émergence des capacités cognitives d'espèces hominiennes disparues et celles de nos ancêtres en particulier.

Nous sommes la manifestation actuelle de ce processus, c'est à dire son continuum. Ce processus s'est mis en place lors des méioses, irreversiblement avec des effets reproductibles amplifiés dès l'embryogenèse. Et nous sommes la limite géométrique du redressement qui nous interroge sur l'avenir de notre espèce.

A ce jour, nous méconnaissons ces mécanismes transmissibles, y compris les relations de la méiose avec les conditions de vie des populations. C'est dans cette perspective évolutive, à la croisée de l'environnement et d'un déterminisme phylogénétique complexe, qu'il convient de replacer la compréhension de troubles de la croissance liés à la verticalité.

FREHOPS a été créée afin de fédérer les disciplines qui concourent à la prise de conscience de cette dimension qui caractérise notre espèce : une biologie évolutive, irreversible, enracinée dans un terreau qui alie l'eau amniotique, la gravitation terrestre, la socialisation et des environnements favorables à leurs reproductions. Regardée comme l'aboutissement de la verticalisation du système nerveux, des découvertes démontrent toutefois qu'elle aboutit aussi à une ouverture des capacités cognitives et sensorielles grâce à la plasticité du système nerveux observée aux différents âge de la vie individuelle.

FREHOPS s'adresse ainsi aux chercheurs et aux cliniciens préoccupés par cette prise de conscience d'un continuum avec l'hominisation corporelle et l'humanisation des comportements qui nous ont précédés, une humanisation de la sensorialité dans laquelle nous nous reconnaissons, que nous voulons préserver et transmettre aux futures générations.